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Sécurité

En Haïti, sous la terreur des gangs, l’espérance de vie se limite désormais à 24 heures

Couverture
25/05/2026
Entre massacres, déplacements forcés, fusillades et effondrement des services publics, la capitale haïtienne s’enfonce dans une crise sécuritaire sans précédent. Les rapports des Nations unies publiés en 2026 dressent le portrait d’un pays où survivre un jour de plus devient déjà une victoire.

En Haïti, particulièrement dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, l’espérance de vie semble désormais se mesurer en heures plutôt qu’en années. Pour des milliers de familles vivant dans des quartiers contrôlés par des groupes armés, chaque journée devient une épreuve de survie. Sortir acheter du pain, envoyer un enfant à l’école, traverser une rue ou rentrer chez soi après le travail peut devenir un acte fatal.

Dans ses différents rapports et déclarations publiés au cours des premiers mois de l’année 2026, l’Organisation des Nations unies décrit une détérioration accélérée de la situation sécuritaire en Haïti. Les gangs armés contrôlent aujourd’hui entre 70 % et 90 % de Port-au-Prince, selon plusieurs évaluations relayées par les agences onusiennes et des médias internationaux.

Cette réalité nourrit une perception de plus en plus répandue au sein de la population : en Haïti, surtout dans la capitale, l’espérance de vie n’est plus garantie au-delà de 24 heures.

Selon des données relayées récemment par l’ONU, plus de 1,4 million d’Haïtiens ont été déplacés par la violence armée à travers le pays, un chiffre historique. Des centaines de milliers de personnes vivent désormais dans des abris de fortune, des écoles abandonnées, des places publiques ou le long des routes nationales.

Les quartiers de Cité Soleil, Carrefour-Feuilles, Solino, La Saline, Martissant, Croix-des-Bouquets ou encore certaines zones de Kenscoff sont régulièrement le théâtre d’affrontements meurtriers entre gangs rivaux et forces de sécurité. Les habitants vivent au rythme des rafales d’armes automatiques, des incendies criminels et des déplacements forcés.

Dans un rapport présenté en janvier 2026, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a affirmé que « la violence s’est intensifiée et étendue géographiquement », tout en soulignant l’affaiblissement profond de l’État haïtien face à la montée des groupes armés.

Les chiffres publiés ces dernières semaines témoignent de l’ampleur du drame. Dans l’Artibonite, au moins 70 personnes ont été tuées lors d’attaques armées entre mars et avril 2026. À Port-au-Prince, une nouvelle vague de violences a provoqué le déplacement de plus de 5 000 personnes en seulement quelques jours durant le mois de mai.

L’ONU et plusieurs organisations humanitaires alertent également sur la progression des violences sexuelles utilisées comme arme de contrôle territorial. Médecins Sans Frontières indique qu’en 2025, près de 5 000 victimes de violences sexuelles ont été prises en charge dans ses structures, tandis que le nombre d’admissions a presque triplé depuis 2021.

Dans plusieurs quartiers populaires, les habitants affirment dormir à même le sol, prêts à fuir à tout moment. Les écoles ferment, les hôpitaux évacuent leurs patients sous les tirs, les commerces baissent leurs rideaux plus tôt, et certaines routes deviennent impraticables après la tombée de la nuit.

La capitale haïtienne ressemble de plus en plus à une ville assiégée.

Des témoignages relayés par l’Associated Press décrivent des familles séparées dans la panique après des attaques de gangs. Des maisons incendiées, des corps abandonnés dans les rues et des centaines de personnes dormant sur les trottoirs autour de l’aéroport international Toussaint Louverture illustrent l’effondrement progressif du tissu social.

Dans plusieurs zones, même les centres hospitaliers ne sont plus épargnés. À Cité Soleil, Médecins Sans Frontières a dû évacuer un hôpital après de violents affrontements armés. Des nouveau-nés et des patients ont été déplacés en urgence afin d’éviter un bain de sang.

L’insécurité affecte aussi lourdement l’économie nationale. Les entreprises réduisent leurs activités, les investissements fuient le pays et de nombreux travailleurs ne peuvent plus rejoindre leur lieu de travail. L’aéroport international demeure sous haute menace et les vols commerciaux américains vers Port-au-Prince restent suspendus par la Federal Aviation Administration en raison du danger sécuritaire.

Pendant ce temps, les groupes armés continuent de renforcer leur puissance. Les Nations unies signalent une augmentation inquiétante du recrutement d’enfants dans les gangs. Plus de 300 mineurs auraient été recrutés par la coalition criminelle Viv Ansanm en 2024, tandis que l’implication des enfants dans les groupes armés aurait augmenté de 200 %.

Face à cette situation, la population développe une psychologie de survie. Beaucoup de citoyens évitent désormais certains trajets, changent quotidiennement d’itinéraire ou limitent leurs déplacements au strict nécessaire. D’autres préfèrent quitter Port-au-Prince pour les provinces, malgré l’absence de moyens économiques.

Dans les camps de déplacés, une phrase revient souvent : « Nou pa konnen si n ap viv demen » — nous ne savons pas si nous serons encore en vie demain.

Cette phrase résume le sentiment dominant dans une capitale où la peur est devenue permanente.

Pour de nombreux observateurs, Haïti traverse aujourd’hui l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine. Et à Port-au-Prince, l’idée même d’avenir semble s’effacer devant une urgence plus immédiate : survivre aux prochaines 24 heures.


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